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Histoire - Collectage

Cette rubrique a pour objectif de rendre accessible à tous, les résultats du collectage historique effectué par l'association au fil des années. Nous souhaiterions donc progressivement continuer à l'enrichir sous diverses formes : textes, photos, enregistrements sonores, vidéos, interviews, etc.

Si vous possédez des documents intéressants, photos ou autres, en particulier sur la vie quotidienne au bourg, à la campagne, dans les commerces, au travail, nous sommes particulièrement intéressés.

Merci de prendre contact avec l'association.


 Bistrots de Plabennec

Penn an Tour

Tout augmente, tout augmente… Et pourtant, qu’est-ce qui a été divisé par 5 depuis 1940 pendant que la population Plabennecoise était multipliée par 2 ? Les bistrots ! On vous parle là d’un temps d’avant la télé, d’avant le téléphone mobile et les emails, du temps où il fallait sortir de chez soi pour avoir une vie sociale. Et comme une rencontre était toujours meilleure autour d’un verre, les bistrots fleurissaient.

Pourtant dans cette première partie du XXème siècle, pour lutter contre l’alcoolisme grandissant, la législation et aussi la municipalité ont parfois tenté d’en limiter les ouvertures : pas de nouveaux débits de boissons à moins de 50m d’un édifice public, pas plus d’un bar pour 200 habitants, interdiction des débits en campagne qui détournent les ouvriers agricoles des travaux des champs… On peut penser que l’église a eu aussi un effet limitatif à certains moments. Un curé de Plabennec incitait par exemple les paroissiens à rentrer chez eux dès la messe finie pour éviter les beuveries, mais aussi pour empêcher la « contamination »par les idées des gens de passage. Avec le recul, on dira pourtant que bars et église étaient condamnés à se tolérer : la messe remplissait les cafés, mais certains aussi venaient probablement à la messe dans la perspective du pot avec les copains ensuite.

Malgré ces freins à leur développement, on dénombrait 25 bistrots sur le territoire de la commune dans les années 1935-40 (voir tableau ci-joint), soit un pour 150 habitants à Plabennec. Mais on en comptait un pour 71 habitants dans le Finistère en 1936. Il y avait donc des zones bien plus « riches » que le Léon !

Bar Gueguen - 1930

Bar Mesguen (Le Havane)

Bien que pointés comme une des causes de la propagation de l’alcoolisme au XXème siècle, on ne peut nier leur rôle positif dans la vie sociale de la commune. C’est d’abord un complément de revenu pour les tenanciers, dont ce n’est pas souvent le métier principal (cf. tableau). Le café était souvent tenu par la mère de famille ou même la grand-mère. Plus que des bars, ce sont d’ailleurs des commerces multi-activités, comme en témoignent les enseignes : débitant-épicerie-meubles, « on vend à boire et à manger », débit-épicerie-laines…

En plus, ce sont des lieux conviviaux de rencontre où se tissent les liens entre Plabennecois. C’est chez Roué, Le Guen, Dourmap, ou à Penn an Tour, que se tenaient les interminables discussions dominicales après la messe pour tous ceux qui ne venaient « au bourg » qu’une fois par semaine. Pendant que les « petits rouges » se succédaient, femmes et enfants patientaient parfois dans la voiture jusqu’à 13h ou 13h30. Les bistrots pour d’autres plus jeunes, c’était aussi chaque dimanche soir, le petit « champagne breton » (limonade et rhum) commandé sur le pouce chez Roué ou chez Mahieu, tout en guettant l’arrivée du car pour le collège St François. Et ça chantait jusqu’à Lesneven ensuite, avant de passer le porche pour une morne semaine de pension !

Les bars étaient des endroits de brassage des classes sociales, des lieux de débats sur les pratiques agricoles, des salles de réunions électorales (Hôtel des Voyageurs, restaurant Quiniou), des soirées cabaret (Le Tymen)… C’est là aussi que sont souvent nés les projets les plus fous comme le lever du menhir de Prat Ledan, ou la première fête des Vieilles Charrues de Carhaix (L’Ecume des jours).

Hôtel Quiniou

Bar Georgelin - La Gare

La réalité d’aujourd’hui, c’est pourtant leur disparition progressive, puisqu’il n’en reste que 5, soit un pour 1 535 habitants ! Il est vrai que la concurrence est rude. Les liens sociaux se font par écrans interposés (TV, Facebook, MSN…). L’alcool s’achète toujours autant, mais en supermarché, pour être consommé dans l’obscurité des parkings ou la tristesse des abribus. Et 100 ans après avoir freiné leurs ouvertures, certaines municipalités de petites communes font parfois tout leur possible pour conserver leur dernier bar-épicerie, afin de maintenir un peu de vie et de convivialité dans le bourg.

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